Avant un traitement comme celui-là, on se met à lire des chiffres. Beaucoup de chiffres. Et on découvre vite que comprendre les statistiques n’est pas si simple.
L’erreur du parieur : pourquoi les chiffres mentent
Tirer à pile ou face : 50 % pile, 50 % face. Si ça fait 10 fois qu’on obtient pile, la probabilité que le prochain lancer soit encore pile ? Toujours 50 % ! Même si, statistiquement, une séquence de 11 piles consécutifs n’arrive qu’une fois sur 2048 séries de 11 lancers. C’est pourquoi les chiffres, il faut les nuancer…
Par exemple, le taux de mortalité pendant la phase d’administration du lifileucel est de 3,4 %. Ça veut aussi dire que mes chances de survie, pour ce stade, sont de près de 97 %. Je ne suis pas inquiet : la probabilité que la statistique s’applique parfaitement à moi est faible.
Je suis en très bonne santé. On marche l'aller-retour chaque fois qu’on va à l’hôpital ! L’important, c’est le duo cœur-poumon — et les miens sont top. L’aller est rapide, souvent 35 minutes. Le retour est plus long, mais on s’arrête systématiquement pour manger ou prendre une bière quelque part…
Faire mentir les moyennes : l’avantage du terrain
Une fois les tumeurs prélevées, la statistique nous informe que dans 10 à 15 % des cas, on ne se rend pas jusqu’à l’injection. Soit parce que le produit n’est pas bon — les lymphocytes sont trop épuisés, ils ont déserté au lieu de se "rambo-iser" — soit parce que l’état du patient s’est détérioré dans l’intervalle. Comme ma santé à moi est robuste, encore une fois, la probabilité que ça m’arrive est plus faible.
Statistiquement, environ une personne sur trois répond au traitement une fois l'injection faite. Ma probabilité à moi ? Encore une fois : plus élevée. Les taux de succès sont meilleurs pour ceux dont la surface tumorale est limitée et qui n’ont pas de métastases au foie ou au cerveau. Je rencontre ces deux critères.
Sur les forums de soutien, ceux qui ont reçu le traitement me donnent des informations concrètes. Tous disent que ça a été "toute une ride", mais tous recommenceraient. Ça aussi, ça rassure. Au final, je suis de plus en plus confiant. Les statistiques donnent des tendances ? Moi, je donne du trouble aux statistiques.
Mais je ne prends pas de risques inutiles : je vais quand même aller rencontrer ma chance entre quatre yeux — pour la prévenir qu’elle va devoir faire de l’overtime.
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Aberration statistique allant clopin-clopant...
Source scientifique
(*) Pour ceux qui souhaitent approfondir les données cliniques :
Long-Term Efficacy and Safety of Lifileucel Tumor-Infiltrating Lymphocyte Cell Therapy in Patients With Advanced Melanoma: A 5-Year Analysis of the C-144-01 Study.
Mais je vous préviens, l’article est encore beaucoup plus compliqué que le titre !
Sur un terrain glissant ...
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